« Ne te retourne pas… » La voix était juste derrière lui. Beaucoup trop proche.

Un souffle chaud effleura sa nuque.

Il se figea.

Son cœur battait si fort qu’il avait l’impression que quelque chose d’autre pouvait l’entendre… quelque chose déjà présent dans l’appartement.

— « Q-qui es-tu ?.. » murmura-t-il.

Un silence.

Un silence qui tord l’esprit.

— « Je t’ai dit… ne te retourne pas. »

La voix devint plus grave. Plus lourde. Elle n’était plus humaine.

Il serra lentement le poing, jusqu’à sentir la douleur.

Ce n’était pas un rêve.

Quelque part, au fond de l’appartement, une porte grinça.

Doucement. Prudemment.

Mais il le savait — il vivait seul.

Il avait toujours vécu seul.

— « Tu n’es plus seul… » chuchota la voix, comme si elle lisait dans ses pensées.

Il ferma les yeux très fort.

Ne te retourne pas. Ne te retourne pas. Ne te retourne pas.

Mais son esprit s’emballait déjà.

Qu’y avait-il derrière lui ?

Ce chien ?

Ou quelque chose qui lui ressemblait seulement ?

Il se souvenait des yeux.

Vides. Profonds. Trop conscients.

Les animaux ne regardent pas ainsi.

C’est ainsi que regarde quelque chose… quand ça te reconnaît.

— « Tu ne te souviens pas de moi ? » reprit la voix.

Plus loin.

Ou… en mouvement ?

Le sol grinça.

Derrière lui.

À gauche.

Puis à droite.

Ça tournait autour de lui.

Lentement.

— « J’ai toujours été ici… »

Le murmure s’étendit dans toute la pièce.

Il n’en pouvait plus.

— « ARRÊTE ! » cria-t-il.

Et aussitôt—

le silence.

Total. Brutal.

Plus de souffle.

Plus de mouvement.

Rien.

Il resta immobile.

Une seconde.

Deux.

Cinq.

Puis…

sur le mur en face de lui—

une ombre apparut.

Pas la sienne.

Trop grande.

Trop étirée.

Et… à quatre pattes.

Il la fixa sans cligner des yeux.

L’ombre leva lentement la tête.

Exactement comme avant.

D’une lenteur anormale.

Puis, derrière lui—

— « Maintenant… tu peux te retourner. »

Tout en lui hurlait de ne pas le faire.

Mais il le fit.

Lentement.

Comme s’il traversait de l’eau épaisse.

Et il vit—

rien.

La cuisine était vide.

Complètement.

Sauf…

au plafond.

Juste au-dessus de lui.

Des traces.

Fraîches.

Profondes.

Comme si quelque chose de lourd s’y était tenu.

Il recula—

et marcha sur quelque chose de mou.

Son cœur s’arrêta.

Il baissa les yeux.

Une gamelle.

Une gamelle pour chien.

Vide.

Mais…

il n’avait jamais eu de chien.

Jamais.

Ses mains se mirent à trembler.

— « Tu as faim ?.. » murmura la voix.

Cette fois—

juste devant lui.

Il releva brusquement la tête.

Et dans le reflet de la fenêtre…

il le vit.

Lui-même.

Et derrière lui—

une silhouette.

Énorme.

Avec un long museau.

Des yeux qui brillaient… non pas en reflétant la lumière—

mais en l’émettant.

— « Tu m’as appelé… » dit la voix, presque douce.

— « Je… non… » souffla-t-il à peine.

La silhouette dans le reflet… sourit.

Oui.

Elle sourit.

— « Tu as laissé la porte ouverte. »

Il se figea.

La porte.

Il se souvenait.

Plus tôt dans la soirée…

il l’avait vraiment—

laissée ouverte.

Juste une seconde.

Un instant.

Mais—

— « C’était suffisant. »

La lumière vacilla.

Une fois.

Deux fois.

Puis s’éteignit.

L’obscurité avala tout.

Dense.

Vivante.

Et dans cette obscurité—

il entendit des pas.

Pas humains.

Lents.

Lourds.

Au-dessus de lui.

Sur le plafond.

boum…

boum…

boum…

Il ne respirait plus.

Ne bougeait plus.

N’existait plus.

Puis—

tout près de son visage—

un souffle :

— « Maintenant… tu vois ?.. »

Et dans le noir—

des yeux s’ouvrirent.

Pas les siens.

Beaucoup trop proches.

Et à cet instant, il comprit—

qu’il était déjà trop tard.

Car derrière lui—

très doucement—

la serrure de la porte d’entrée cliqueta.

Toute seule.

Et dans l’appartement…

il n’était plus seul.

Et ce qui était là…

connaissait déjà son nom.

— « …Je t’attendais. »

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