Le visage du motard en face de lui se transforma brusquement.
Le nom « Rose » n’était pas pour lui un simple prénom. C’était une blessure qui ne s’était jamais refermée. Un souvenir qui le hantait.
Il tourna lentement le regard vers la petite fille. Elle tremblait de peur, mais dans ses yeux brillait quelque chose de familier… quelque chose qui réveillait la douleur.
« Où est sa mère ? » demanda-t-il d’une voix basse, mais si froide que même les bruits de la cuisine semblèrent disparaître.
Le jeune homme haussa les épaules, essayant de paraître indifférent.
« Elle me l’a confiée. »
Les mots restèrent suspendus.
Mais la fillette secoua violemment la tête et se cacha derrière le motard, agrippant son gilet comme à une dernière protection.
« Il ment… » murmura-t-elle. « Il m’a emmenée… maman criait… »
Cela suffit.
Les chaises raclèrent le sol. Plusieurs motards se levèrent en même temps. Leurs regards devinrent durs. Ce n’était plus une coïncidence.
La clochette de la porte tinta brusquement. Deux autres hommes en cuir entrèrent sans dire un mot. Ils fermèrent la porte et se postèrent devant, bloquant toute issue.
Il n’y avait plus d’échappatoire.
Le jeune homme pâlit et recula d’un pas.
Le motard glissa la main dans son gilet et en sortit une vieille photo, légèrement froissée, mais précieusement conservée.
On y voyait une jeune femme au sourire doux. Autour de son cou pendait un pendentif en forme de loup.
Le même que celui de la fillette.
La petite posa ses doigts sur la photo.
« C’est maman… »
Les yeux du motard s’assombrirent. Il n’y avait plus seulement de la douleur, mais une colère brûlante.
Il fixa le jeune homme.
« Rose est ma sœur. »
Un silence pesant s’installa.

Le jeune homme recula encore, jusqu’à toucher le mur. Ses mains tremblaient.
« Je… je ne savais pas… c’est un malentendu… »
Personne ne l’écoutait.
Le motard fit un pas en avant.
« Où est-elle ? »
L’homme resta muet.
Et à cet instant, la fillette murmura des mots qui glacèrent tout le monde :
« Elle… elle est encore dans sa voiture… »
Une seconde.
Puis tout s’accéléra.
Un des motards se précipita vers la porte. Un autre attrapa le jeune homme par le col et le plaqua contre le mur.
« Les clés ! » lança-t-il sèchement.
Tremblant, il fouilla dans sa poche.
Le motard s’agenouilla devant la fillette, à sa hauteur.
« Tu peux nous montrer la voiture ? » demanda-t-il doucement.
Elle hocha la tête.
« Noire… derrière… maman est là… »
Sa voix se brisa.
Et c’était le pire.
Parce que ce n’était plus un doute.
C’était une course contre le temps.
La porte s’ouvrit brusquement.
L’air froid s’engouffra à l’intérieur.
Les motards sortirent, rapides et déterminés, comme une tempête impossible à arrêter.
Et à l’intérieur resta seulement un homme qui comprit, trop tard, que tout était terminé.
Et qu’il allait devoir répondre de ses actes.