C’est là qu’un loup luttait désespérément pour sa survie. Il était tombé dans une trouée et ne parvenait plus à se hisser sur la surface gelée.
La glace cédait sous ses pattes, se fissurait, se brisait. À chaque tentative, il glissait et replongeait dans l’eau glaciale. Ses forces l’abandonnaient peu à peu. Sa tête dépassait à peine de la surface, son souffle devenait irrégulier, et sa fourrure trempée l’entraînait vers le fond.
Non loin de là, une vieille femme ramassait du bois mort. Le silence hivernal fut soudain rompu par des éclaboussures et un râle rauque. Intriguée, elle s’approcha et découvrit le spectacle terrifiant : un grand loup gris était en train de se noyer.
La peur la traversa, fulgurante. Devant elle se trouvait un prédateur sauvage. Pourtant, elle ne recula pas. Elle trouva une longue branche solide, s’allongea sur la glace pour répartir son poids et avança prudemment vers l’ouverture.
— Tiens bon… murmura-t-elle d’une voix tremblante en tendant la branche.
Le loup montra brièvement les crocs, mais il n’avait plus la force d’attaquer. Son instinct de survie prit le dessus. Il agrippa la branche de ses pattes avant. La femme tira de toutes ses forces. Ses bras tremblaient, son dos la faisait souffrir, la glace craquait dangereusement… puis, dans un ultime effort, le corps lourd du loup glissa enfin sur la surface gelée.

L’animal resta immobile, haletant. L’une de ses pattes arrière était tordue d’une façon inquiétante — sans doute brisée. Il ne tenta pas d’attaquer. Il fixait la femme d’un regard étrange, profond, presque reconnaissant.
La vieille dame retira son châle de laine et le posa sur la fourrure mouillée. Elle comprit qu’en le laissant ici, il ne survivrait pas à la nuit. C’était une décision insensée, mais elle ne pouvait l’abandonner. À l’aide de branches, elle improvisa une sorte de traîneau et, pas à pas, traîna l’animal jusqu’à sa petite cabane.
Le trajet fut épuisant. Plusieurs fois, elle dut s’arrêter pour reprendre son souffle. Le loup ouvrait parfois les yeux, mais restait calme, comme s’il acceptait son sort.
À la cabane, elle alluma le poêle, apporta de l’eau chaude et une vieille trousse de secours. Avec précaution, elle nettoya la plaie, immobilisa la patte avec une attelle rudimentaire et banda solidement la blessure. Le loup gémissait faiblement, mais ne se débattait pas.
Au cœur de la nuit, un long hurlement retentit dans la forêt.
Puis un autre.
La femme se figea. Ce n’était pas un cri isolé. C’était une meute.
Elle s’approcha de la fenêtre. À la lisière des bois, des silhouettes se dessinaient dans l’ombre. Une, puis plusieurs autres. Les loups sortaient du couvert des arbres et s’arrêtaient face à la cabane. Leurs yeux brillaient dans l’obscurité comme des braises glacées.
Son cœur battait à tout rompre. Elle s’attendait à une attaque, à voir la porte voler en éclats.
À l’intérieur, le loup blessé releva la tête et poussa un faible hurlement, différent des autres. Un appel, plus qu’un défi.
Dehors, le silence tomba brusquement.
Un grand loup, visiblement le chef de la meute, fit quelques pas en avant. Il regarda fixement la cabane. Son regard croisa celui de la vieille femme à travers la vitre. Elle y cherchait de la colère. Elle n’y trouva qu’une vigilance intense… et quelque chose d’indéchiffrable.
Les secondes semblaient interminables.
Puis le chef inclina la tête et poussa un hurlement bref et grave. Il se tourna lentement vers la forêt. Un à un, les autres loups le suivirent. Aucun grondement. Aucun assaut. Seulement des ombres disparaissant dans la nuit.
La femme resta longtemps immobile, incapable de comprendre ce qu’elle venait de vivre.
Au matin, elle sortit. La neige était intacte, à l’exception d’une série d’empreintes menant vers les arbres. Ils s’étaient approchés, mais n’avaient pas franchi la limite.
Dans la cabane, près du poêle, le loup respirait calmement. Il demeurait un animal sauvage, imprévisible. Pourtant, un lien invisible s’était créé entre eux.
Elle lui avait sauvé la vie.
Et la meute avait tout vu.